Le petit ouvrage de Laudrefang

Le petit ouvrage (PO) de Laudrefang est l’un des 53 ouvrages de la ligne Maginot du Nord-Est de la France. Avec ses 5 blocs de combat, il est le plus puissant du secteur fortifié de Faulquemont.

En 1940, son équipage compte 262 hommes commandés par le capitaine Gustave Cattiaux.

Le Bloc 3 est isolé du reste de l’ouvrage. Les travaux de creusement de la galerie qui devait le relier aux 4 autres blocs débutent en effet en juillet 1939 et son interrompus un mois plus tard avec le début des hostilités.

FOCUS SUR Le bloc 3

Le Bloc 3 du PO de Laudrefang est restauré par l’ASFF depuis 2008.

Du fait de son relatif isolement, le Bloc 3 a été conçu comme un véritable petit fortin autonome et l’on y retrouve tout ce qui caractérise un petit ouvrage : usine électrique lui fournissant son courant, salle des filtres utilisée en cas d’attaque aux gaz, citernes d’eau, chambrées, toilettes, magasins à munitions, etc. mis en œuvre par un équipage de 80 hommes commandés par le sous-lieutenant Choné.

À cela s’ajoutaient les armements :

  • une tourelle de mitrailleuses (2 mitrailleuses MAC 31 Reibel 7,5mm et un canon antichars de 25mm),
  • deux cloches Guetteur et Fusil-Mitrailleur (GFM) pour mortier de 50mm, fusil-mitrailleur 1924/29 et instruments d’optique,
  • une chambre de tir d’infanterie pour deux jumelages de mitrailleuses MAC 31 Reibel 7,5mm et un canon antichars de 47mm,
  • une chambre de tir d’artillerie pour deux mortiers de 81mm d’une portée de 3600 mètres couvrant le PO de Téting,
  • divers armements de défense rapprochée (fusils-mitrailleurs, goulotte lance-grenade pour la défense du fossé diamant).
Historique DU PO DE LAUDREFANG

Le 3 septembre 1939, la Grande-Bretagne et la France déclarent la guerre à l’Allemagne qui, 2 jours plus tôt, a lancé une offensive en Pologne. C’est le début de la Seconde Guerre Mondiale. La ligne Maginot est immédiatement occupée par les troupes de forteresse pour couvrir la mobilisation et parer à toute attaque surprise venant de l’Allemagne.

Toutefois, à part quelques escarmouches, aucun combat n’a lieu sur la frontière jusqu’au 10 mai 1940, date de l’offensive allemande sur l’Europe de l’Ouest. La Belgique, les Pays-Bas et le Luxembourg sont alors attaqués et progressivement envahis.
Les armées françaises et alliées sont très vite mises en déroute. La défense de la frontière avec l’Allemagne devenue finalement inutile, le 13 juin 1940, les troupes d’intervalles situées sur les arrières de la ligne Maginot reçoivent l’ordre d’évacuer vers les Vosges. Les équipages des ouvrages doivent quant à eux tenir jusqu’au 17 juin pour couvrir ce repli puis celui, le 15 juin, des troupes occupant les casemates d’intervalles.

Le 16 juin cependant, alors que les équipages ont débuté le sabordage des ouvrages, les troupes allemandes sont repérées sur les arrières. Le PO de Téting tire sur des éléments ennemis s’approchant du village de Téting-sur-Nied. Il est bombardé en retour. Force est de constater qu’il n’est plus possible d’évacuer le secteur et qu’il faut tenir.

Le 18 juin 1940, un officier allemand accompagné de 4 soldats se présente devant le Bloc 3. Le sous-lieutenant Choné vient à sa rencontre accompagné d’un soldat français servant d’interprète. L’officier allemand demande à parler au commandant de l’ouvrage. On lui bande les yeux et il est amené à 300 m de là, sur les dessus du Bloc 4 où il rencontre le capitaux Cattiaux. L’officier allemand exige du capitaine la reddition de l’équipage. Gustave Cattiaux refuse catégoriquement et l’informe que sa mission est claire : tenir. L’officier ennemi, surpris par cette fermeté, lui confie que son ouvrage sera bombardé à partir de 19 h 00.

En effet, à l’heure indiquée, le petit ouvrage de Laudrefang reçoit son baptême du feu. Les projectiles viennent de tous les côtés, notamment des arrières où l’ennemi a installé, sur la ligne de crête, plusieurs canons. Dès le début des combats, au Bloc 2, le soldat Pierre Gauer décède à la suite d’un coup porté sur l’un des créneaux de la cloche GFM dans laquelle il était en poste.

Au Bloc 3, la situation n’est pas meilleure : « Ma tourelle a fait du tir automatique toute la nuit. Cela rassure les hommes et dissuade l’adversaire de venir rôder dans mes barbelés. […] J’ai repéré sept pièces [allemandes] en batterie entre la ferme de Brandstuden et la cote 400. Ils m’ont déjà tordu un canon de mitrailleuse et leurs obus arrachent des morceaux de béton deux fois gros comme une tête ! » relate le Sous-Lieutenant Choné lors d’une conversation téléphonique avec le lieutenant Vincent, au PC de l’ouvrage. Par ailleurs, la lunette de tir de la tourelle de mitrailleuses est détruite par un coup au but et des copeaux d’acier empêchent la tourelle de s’éclipser entièrement.

À la fin de la journée du 21 juin, Choné compte « 94 coups sur la tourelle et les cloches en sept minutes ». Pour autant, la chambre de tir des deux mortiers de 81mm, juste en dessous, est intacte et ces derniers mettent en échec plusieurs assauts ennemis sur le Petit Ouvrage de Téting, à 2 kms au sud.

Jean Vindevogel, observateur dans la cloche GFM nord, relate les combats dans son livre (aujourd’hui édité et disponible à la vente): « Sur notre flanc gauche par rapport à l’assaillant, l’ouvrage de Téting, attaqué par l’infanterie ennemie, demande une aide immédiate ! En un temps record, l’aspirant Turlot, le brigadier Braem et le calculateur Pottier constituent les éléments de tir pour les deux mortiers de 81 mm. Déjà, le Maréchal des logis Hilaire a alerté les équipes de pièce qui occupent leur poste de combat autour des affûts. A l’étage en-dessous, les artificiers amorcent des bombes et les placent dans les norias qui les ramènent automatiquement dans la chambre des mortiers. Le conduit acoustique qui descend du P.C. apporte l’ordre de détente et le gisement de l’objectif. Tir normal ! Pointeur prêt. La culasse s’est refermée sur le premier projectile qui part aussitôt pour une trajectoire parfaite de 3000 m. Il y a deux minutes que le Téting a lancé son S.O.S. !…Les deux pièces débitent chacune 36 bombes à une cadence rapide. […] L’attaque est stoppée net ! […] A Téting, l’équipage doit bénir les artilleurs du Bloc 3 ! »

Par ailleurs, le Bloc 1 est lui aussi pilonné de façon intensive ; sa chambre de tir d’infanterie est quasiment détruite et on compte dans la journée du 22 juin un coup de 88 mm allemand par minute. La veille, les deux mortiers de 81 mm du Bloc ont mis en déroute les soldats allemands qui attaquaient le PO de l’Einseling à 2 kms au nord. Malgré la mise hors service de l’un des deux mortiers le 22 juin, le Bloc 1 empêche jusqu’au bout toute reprise des assauts contre l’Einseling.

Devant le bloc 1, après les combats (juin 1940)
Devant le bloc 1, après les combats
L'armistice et la captivité

Finalement, le 25 juin 1940 à 0 h 35, l’armistice entre en vigueur. La France est vaincue, l’Allemagne victorieuse. Au secteur fortifié de Faulquemont et ailleurs sur la ligne Maginot cependant, les équipages tiennent encore. Le drapeau français flotte sur les ouvrages.

Les soldats sont soulagés. Le 25 juin au matin, ils sortent des ouvrages. A Laudrefang, cela fait plus de 8 jours que les hommes n’ont pas vu la lumière du jour. Ils profitent du beau temps, sortent des chaises, des tables, vont cueillir fruits dans les vergers du village. Invaincus, ils attendent désormais l’autorisation de regagner leurs foyers.

Devant le bloc 3, l'équipage prend l'air après l'entrée en vigueur de l'Armistice (juin 1940)
Devant le bloc 3, l’équipage prend l’air après l’entrée en vigueur de l’Armistice

Le 30 juin 1940 pourtant, c’est la douche froide. Les équipages de l’Einseling, de Laudrefang et de Téting apprennent qu’ils sont faits prisonniers de guerre. C’est l’une des conditions exigées par l’Etat-Major allemand lors de la signature de l’armistice.

A Laudrefang, Jean Vindevogel et deux autres compagnons s’enfuient la nuit du 1 au 2 juillet, échappant ainsi à la captivité. 

Le 2 juillet, leurs camarades sont emmenés en Allemagne puis répartis dans des camps de prisonniers. La plupart ne rentrèrent en France qu’en 1945, après la Libération.

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